Télémédecine en France

Une avancée majeure pour la santé

Remboursée depuis septembre 2018 en France, la télémédecine n’est pourtant pas une nouveauté sur le territoire. Encadrée depuis 2009 par un décret qui en avait institutionnalisé les premières expérimentations, elle passe désormais à la vitesse supérieure et devient accessible au plus grand nombre. Quelles sont ses étapes clefs, quelles sont ses promesses, que va t’elle changer dans le rapport praticiens / patients ? 

 

Qu’est-ce que la télémédecine

Pour commencer, il convient de différencier la télémédecine de la esanté et de comprendre quels sont les différentes pratiques autour desquelles s’articule la télémédecine. Elles sont au nombre de cinq et font appel à des pratiques comme à des outils spécifiques.  Tout d’abord, on pense immédiatement à la téléconsultation, consultation médicale réalisée à distance par un généraliste ou un spécialiste. Mais la télémédecine c’est aussi la télé-assistance (une mise en relation distante d’une personne à son domicile avec un opérateur, le plus souvent par téléphone ou par un système de hauts parleurs placés au domicile), la télé-expertise entre deux professionnels (quand un soignant sollicite l’avis d’un autre professionnel de santé sur le cas d’un de ses patients), et la télé-surveillance (qui permet un suivi à distance, par exemple par la transmission de données médicales et la mise en place d’alertes en cas de prise de mesure indiquant la nécessité d’une prise en charge spécifique). Enfin, entre aussi dans les actes de télémédecine la pratique de la régulation médicale à distance (par exemple le SAMU).

 

Petite histoire de la télémédecine

 

radio-doctorPeu de temps après que Bell ait inventé le téléphone (en 1876), l’idée d’utiliser ce canal de communication pour échanger avec les praticiens a émergé dans les publications médicalesMais il faudra attendre les années 50 pour que la télémédecine fasse réellement ses premiers pas, par l’usage de la téléphonie pour transmettre des images de radiologie.

Dans les années 60 et 70, la télémédecine a pu se développer grâce au expérimentations menées par la NASA, le système de santé public des USA et les agences gouvernementales du pays.

C’est vraiment avec l’arrivée des nouvelles technologies de la communication que la médecine à distance disposera des moyens de ses ambitions : avec l’émergence de solution d’échange en vidéo, avec l’arrivée du très haut débit, avec l’adoption rapide par les populations des smartphones et l’usage de la 4G, les opérateurs de la santé disposent enfin d’un nouveau canal d’échange à distance généralisable à la plupart des patients.

Cette démocratisation entraine dans son sillon nombre d’avancées technologiques, la mise en place de protocoles d’échanges et le développement d’objets connectés en santé permettant des prise de mesure autonomes du patient et le partage de ces mesures aux personnels soignants.

Si certains pays tels que les USA ou encore les pays d’Europe du Nord font figure de précurseurs, il aura fallu quelques décennies pour que la France se décide à poser les fondements réglementaires de la télémédecine. Les initiatives destinées à accélérer l’usage du numérique en santé sont nombreuses, le Dossier Médical Partagé est soutenu par les hautes instances de santé publique dès la fin des années 90, mais son déploiement est laborieux. Il faudra d’ailleurs attendre 2018 pour qu’il soit relancé pour être étendu à l’ensemble des français.

Du côté de la pratique de la télémédecine pour les praticiens français, c’est seulement en 2009 que la France publie un décret encadrant sa pratique. Prudemment, le législateur pose un cadre strict et des garde-fous destinés à éviter certaines dérives commerciales. En 2016, le rapport de l'OMS sur la e-santé en Europe mettant l’accent sur l’intérêt de soutenir et encourager le déploiement de la télémédecine, par des politiques nationales de santé adaptées. En 2018, soit deux ans plus tard, des négociations sont menées entre l’Assurance Maladie et les syndicats de médecins pour définir les modalités de la prise en charge des actes de télémédecine.

C’est le déclencheur d’une généralisation de cette pratique qui rend accessible la médecine à distance à tous les français, dans un contexte où la santé souffre d’une démographie médicale en forte baisse et d’une croissance exponentielle du nombre de personnes touchées par la désertification médicale.

 

Les promesses de la télémedecine

Grâce à l’accès quasi généralisé de la population française à internet et à des connexions qui sont devenues fluides sur la plupart des territoires, les dispositifs de « e-santé » représentent une manière nouvelle de soigner. Outre le fait qu’elle est très encadrée et exige des garanties fortes de qualité et de sécurité des actes (au même titre que la pratique de la médecine traditionnelle), la télémédecine présente l’avantage de la dématérialisation et permet ainsi de s’affranchir des distances, réduisant les barrières géographiques et permettant un accès simplifié et plus large aux soins.

Avec la possibilité de faire une consultation médicale en ligne, d’être suivi à distance, c’est l’opportunité pour certains patients ayant des difficultés à se déplacer d’avoir un suivi plus régulier donc de meilleure qualité. C’est aussi une réponse complémentaire à d’autres pour les déserts médicaux.

Pour autant, il ne faut pas penser que la télémédecine a vocation à remplacer la médecine traditionnelle et la visite au cabinet médical : dans de nombreux cas un examen clinique s’avère indispensable. La télémédecine est complémentaire du suivi habituel du patient au cabinet, elle interviendra notamment en amont, pour orienter le patient et le diriger vers le professionnel de santé le plus à même de gérer sa pathologie. Elle peut ainsi permettre de mieux gérer le parcours de soin et d'optimiser les dépenses en santé.

 

Un changement dans le rapport entre professionnels et patients ?

 

La télémédecine connecte désormais les médecins et leurs patients. Cette pratique médicale nouvelle répond à une évolution des rapports entre eux, déjà largement modifiés par Internet qui avait vulgarisé de nombreux sujets en santé et donné aux patients le sentiment d’être des sachants. Face à ces personnes plus informées, parfois pleines de certitudes erronées, il était indispensable que le corps médical dispose de moyens nouveaux d’échanger avec les patients et de jouer pleinement leur rôle de professionnel, au moment où les questions se posent dans le parcours de vie des personnes.

Une page entière reste à écrire, elle démarre en 2018 en France. Il faudra prendre soin de lever les doutes et nombreux préjugés qui subsistent concernant sa pratique, notamment les craintes liées à une déshumanisation des rapports. Il faudra également continuer à encadrer sa pratique, pour en faire un moyen de soigner complémentaire, allant dans le sens d’un meilleur suivi et de plus de prévention en santé.